William Bayiha, journaliste et titulaire d’un Master en management des médias a commis une tribune libre le jeudi 24 février 2022, dans laquelle, il parle de la bataille médiatique autour de l’offensive militaire russe en Ukraine. La guerre est aussi une bataille quotidienne dans l’opinion, c’est une bataille médiatique. Et comme tel, il pense que l’Afrique doit avoir ses medias internationaux d'Etat comme la Russie et les USA, la France etc. Camersic-infos vous propose le texte intégral.

L’offensive de la Russie en Ukraine a une dimension médiatique qu’il me plaît de scruter en même temps que planent toute sorte d’obus dans le ciel de Kiev.

D’un côté, le bloc occidental et ses AFP, CNN et autres Radio Canada. Ce bloc fait tourner la machine à condamner Moscou pour “avoir ramené la guerre en Europe”. De l’autre, la Russie avec sa puissante RT déterminée à “couvrir le conflit en toute impartialité”.

On pourrait se demander si une guerre se gagne à longueur d’émissions télévisées et de sites web qu’on met à jour minute-by-minute. La question peut paraître naïve, mais elle ne l’est pas. Car oui, une guerre est certes d’abord affaire de tirs à balles réelles, mais elle est tout aussi une bataille quotidienne dans l’opinion. L’histoire de chasse est toujours racontée par le chasseur i.e. par le vainqueur.

Il se fait que la guerre, en matière de géopolitique, est le privilège des gens libres ou qui ont la prétention de se libérer d’une situation qu’ils considèrent dictatoriales.

Et la démarche de la Russie en Europe centrale intervient après une décennie de provocations réciproques avec le monde occidental dans un contexte de démantèlement de l’influence russe dans les ex-républiques soviétiques.

Il faut bien reconnaître que les subtilités de la géopolitique en Europe de l’Est post-soviétiques sont complexes que même les spécialistes en perdent leur latin. Et pourtant… Et pourtant, l’opinion publique mondiale se forge de manière simpliste et déterminante.

Dans les capitales européennes et nord-américaines, Vladimir Poutine est considéré comme le diable absolu par le citoyen moyen. Ailleurs i.e. dans les contextes extra-occidentaux, l’homme jouit d’une opinion favorable.

Ils sont nombreux en Afrique, en Amérique latine, en Asie et dans les périphéries de l’Europe à “comprendre” l’attitude du président russe.

Mais comment comprendre quelqu’un dans ce monde globalisé sans que son message et ses valeurs ne nous soient jamais transmis fidèlement ?

La Russie a répondu à cette question en mettant sur pied depuis 2005 au moins une machine médiatique puissante à l’image des grands groupes de médias internationaux.

RT anciennement Russia Today diffuse des informations en provenance du monde entier, mais aussi la perspective de Moscou avec un certain succès.

A titre d’exemple, tous ceux qui suivent avec attention les événements en Ukraine depuis quelques semaines ne peuvent pas manquer de faire un tour sur les pages du groupe de télévision publique russe pour avoir un point de vue russe sur la situation.

C’est un avantage en temps de tension – et même en temps de paix d’être à mesure de raconter sa propre version de l’histoire.

Preuve que les médias publics internationaux sont de redoutables armes de guerre, l’Arcom (ex-CSA), le régulateur des médias en France, a annoncé scruter la couverture du conflit en Ukraine par RT France.

La filiale française du groupe public russe risque l’interdiction pure et simple de sa diffusion.

Un peu comme si les autorités maliennes envoyaient une mise en demeure à France 24 sur sa couverture du retrait de la France du théâtre malien. Sauf qu’en face, le Mali n’a pas de média international avec une diffusion suffisante pour raconter correctement et à grande échelle sa version de l’histoire. Espérons qu’un jour Africa 24 désormais propriété de l’Etat camerounais se structure assez pour porter la voie de l’Afrique qui se bat, même si c’est seulement du point de vue de Yaoundé.

PS.

Je donne mon opinion en qualité de journaliste (en retrait peut-être), de master en management des médias, d’Africain et de citoyen du monde qui a le droit d’avoir une opinion.

 

Author:

Chancelin Wabo

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