Les publicités fleurissent pour s’engager, se former et faire fructifier son argent dans la nouvelle révolution du Web, au moment où certaines entreprises entrent en bourse. Un nouvel environnement virtuel en 3D est en train de surgir. Il permet aux adeptes de créer, de partager et d’interagir de façon totalement immersive. Il leur donne le choix de façonner le monde selon leurs goûts et leur personnalité, doublé du sentiment de tout pouvoir réaliser, de conquérir de nouveaux terrains de jeu et de voyager sans avoir à bouger. Son attrait : la sensation d’une présence physique, comme si chaque intervenant (« avatar ») était de la même famille. Une fois ouvert, l’espace persiste, s’autoalimente et bénéficie des apports du groupe.

Alors, pourquoi les archivistes ne s’aventuraient-ils pas dans ce monde alternatif, qui fusionne vie virtuelle et vie réelle ? Il existe deux éléments de séduction pour les convaincre de franchir le pas. La contraction des mots « méta » et « univers » ne les désarçonne pas, eux qui ont pris l’habitude, dans leurs modes opératoires, de privilégier les métadonnées et de promouvoir des pratiques professionnelles à valeur universelle. Ils se retrouvent dans l’idée d’immersion. On ne naît pas archiviste, on le devient par conviction et par formation, on progresse par  apprentissage permanent et par réseautage. Il n’empêche que la tentation pourrait être grande de faire du métavers un refuge, un exutoire et un acte expiatoire pour trouver des autorités spontanément acquises à leurs projets, en soutien de leurs demandes de ressources humaines et financières, et prêtes à satisfaire leurs besoins de locaux sains et sûrs. Réussir dans la réalité virtuelle ce que la vie réelle n’accorde pas, au risque d’affecter le mental. 

La pandémie l’a démontré, le métier d’archiviste s’accorde mal avec le télétraitement. Certes il doit désormais se réinventer, mais, sans avoir les mains dans le cambouis, il perd beaucoup de sa pertinence. Le présentiel reste le standard, la matérialité l’exigence. C’est la vérité du terrain qui fait le bon archiviste, tout à la fois un promoteur, un médiateur, un intercesseur, un animateur, un organisateur, un veilleur, un chercheur, un formateur, un professeur, combinant tâches administratives, recherches scientifiques et inventaires, contacts directs et réguliers avec l’employeur, le public et les collègues.

Dès lors, évitons de retomber avec l’essor du numérique dans l’image de l’archiviste emmuré dans ses données, isolé dans ses relations, déconnecté et interposant un écran d’ordinateur dans les échanges. L’archiviste n’est ni un prestidigitateur ni un truqueur. C’est son expérience d’utilisateur qui prime sur l’outil. Il doit parler vrai, proposer réaliste, fonctionner en humain et évoluer dans le concret, à une époque où il est assailli de partout. Tout le reste n’est que simulacre, vernis et fatuité.

Gilbert Coutaz

Directeur honoraire des Archives chez Etat de Vaud.

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Chancelin Wabo

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