Le 04 février 2022, William Yoakim, a soutenu sa thèse de doctorat en histoire, intitulée : « L’exploitation des archives dans le cadre du projet de restauration de Place Royale de Québec (1967-1996) ». Camersic-infos vous propose la note de lecture de Gilbert Coutaz, Archiviste et Historien chez Editions Attinger.

William Yoakim, PhD a eu du flair de confronter aux pratiques archivistiques les archives de la restauration complexe et s’étalant sur plusieurs décennies de la Place Royale de Québec, surnommée « le berceau de la civilisation française en Amérique ». Si, en 1967, l’administration agissait en chef de projet, elle se désengageait, dès les années 1980, au profit du secteur privé. Trois périodes caractérisent la constitution des archives du chantier, marquée par des contextes politique, bureaucratique, économique et culturel différents, l’absence de règles d’archivage, des états documentaires inégaux et la variation des intervenants. Les constats faits à partir des inventaires sont passés au tamis des théories et des outils archivistiques. Ils débutent avec les notions de fonds d’archives et de respect des fonds, apparus en 1841, pour aboutir aux apports des écoles canadienne et québécoise ; ils s’éclairent des écrits américains, anglais, australiens, français et hollandais. Les archivistes se sont préoccupés dès 1980 des archives de l’architecture moderne et contemporaine, impliquant de nombreux auteurs et aux particularités typologiques et matérielles spécifiques.

Fort de ces préalables approfondis, l’auteur interroge « la relation des archives à leurs contextes de production et d’utilisation ainsi qu’aux personnes qui les créent, les utilisent et les conservent, selon leurs besoins. » Il transcende les approches positiviste et postmoderniste, en proposant de refonder le cycle de vie, qui continue au-delà des archives définitives, et de penser les archives comme des objets d’interactions sociales et sociétales, relevant de contextes distincts. Il faut à la fois dépasser le simple contenu, restituer le temps du producteur, le moment de l’exploitation et la mise des documents en archives. A cet effet, les modes opératoires doivent valoriser une archivistique humaine reflétant les expériences de chacun des individus qui élaborent et emploient des documents.

La thèse de William Yoakim, https://lnkd.in/eSmUNfuF, dirigée par Anne Klein, reprend les enseignements de celle-ci de 2015 : l’exploitation est « comme la transformation de l’archive en un nouvel objet par le déplacement du sens qui est fait de la rencontre entre un utilisateur, son champ de connaissance, sa culture, son univers en quelque sorte, et le document, sa matérialité, son contexte et son contenu. ». Elle a été défendue par un doctorant suisse, ce qui la rend rare, et rappelle celle de 2010, à l’Université de Montréal, de Basma Makhlouf Shabou, professeure à Genève – thème de l’évaluation formalisé de manière à définir et à mesurer les qualités des archives définitives. Ces courants émergents dynamisent la réflexion sur l’archivistique, appelée à évoluer avec son temps. Bravo à ces auteurs d’y contribuer.

Le texte de la thèse est disponible sous le lien,

http://hdl.handle.net/20.500.11794/73223

 

Author:

Chancelin Wabo

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