Dans une correspondance adressée au Ministre d’Etat, Ministre de l’enseignement supérieur, Chancelier des ordres académiques, la Commission Indépendante Contre la Corruption et la Discrimination à travers son président Shanda Tomme demande une ouverture d’enquête rigoureuse sur les réseaux de faux doctorats au sein de l’université camerounaise. D’après cette correspondance, des thèses seraient rédigées par des équipes spécialement montées contre payement cash, avec la complicité de certains chefs d’établissements et que les destinataires de ces thèses seraient encore des privilégiés dans les recrutements spéciaux, avec le concours des mêmes réseaux. En 2020, Pierre Essomba Mbida, archiviste professionnel dénonçait déjà ce phénomène dans une tribune. Camersic-infos vous propose l'intégralité de la tribune publiée précédemment dans le journal, La Voix du Centre, N° 0169 du 02 Novembre 2020.

Il n’est guère gênant de s’infiltrer dans les coulisses d’une déontologie professionnelle qui sort de l’épure au sein de nombreux campus en Afrique en général et au Cameroun en particulier, là où la perfidie prospère à la frontière de la barbarie !

Le contenu d’une thèse ou d’un mémoire reflète prétendument la moisson d’un travail, aux petits oignons, de recherches effectives sur le terrain de la connaissance ou sur celui des exercices pratiques, fait par le postulant au grade sollicité sous le coup d’œil d’un initié. Il se trouve que bon nombre de ces thèses et mémoires ne sont pas rédigés dans ce pays par l’intéressé en chair et en os, le ou les vrais plumitifs se retrouvent parmi les « écrivains publics » qui résident dans différents quartiers de chaque cité universitaire et la route est toute tracée. Faudra-t-il hésiter de penser qu’il s’agit, pour ainsi dire, d’une boite à malice qui vaut l’accoutumance de décerner une mention attractive à l’intéressé, question de dire merci à des soutenants de cet acabit ?! Les membres du jury loin d’en être très tôt innocents ou mis en confidence, font le nécessaire pour que la séance du questionnement, à titre d’examen oral, destiné à sonder sur-le-champ le talent du candidat à réagir sagement aux appels des jurés en lien avec le sujet de sa thèse, afin qu’il fasse étalage du savoir acquis en mettant les rieurs de son côté soit, à la grande surprise, de très courte durée ! Le critère le plus édifiant est celui qui confirme les peines visiblement éprouvées par cette faction de doctorants à tenir un discours cohérant, résultant d’un thème qu’une personne autre que le soutenant a rédigé, à la suite d’une longue période d’investigation laborieuse sur le terrain, sans que l’être concerné ne le paye de sa personne. Il y a dans ce type d’expérience de la matière à placer dans la lecture des actes de prévarication, étonnement en relief dans un univers des « intellectuels » où rayonnerait en permanence l’essentiel du culte des hautes valeurs morales, pour avoir souvenance à travers ce dogme, le point de vue y affèrent du Pr. Jean Emmanuel Pondi. Enfin, voilà comment se dessine, sous l’ère de la rigueur et la moralisation, la caricature d’une pléthore de fallacieux enseignants-chercheurs en accroissement exponentiel, ceux-là même qui prennent en otage tous les programmes de l’enseignement supérieur au Cameroun, du fait qu’ils se croient sortis, de vilaine manière, de la cuisse de Jupiter. Alors qu’ils ne sont, en définitive, que « de parfaits ignorants pathologiques » comme le révèle si bien le journaliste Linus Pascal Fouda ; d’autant plus pathétique qu’ils ne sont la proie d’aucun remord pour avoir triché, en se prenant pour le sosie du véritable diplômé de circonstance, un bosseur qui en a bavé des ronds de chapeau mais, ce dernier se contente plutôt à en tenir le crachoir sur la place publique, seulement pour se vanter face à des gens qui tentent de le traiter par-dessus la jambe ceci, au grand soulagement des indiscrets des environs, habitués à fourrer le nez partout ou à être aux aguets et tout à fait décidés à s’en faire l’écho à son de trompe. Les autres débrouillards animés par un tel tour d’esprit se retrouvent parmi les compatriotes qui s’échappent aux ouï-dire probants du pays d’origine concernant la déficience de leur quotient mental, pour chercher à avoir raison de cette infirmité, comme qui dirait, pour faire primer leur idiotie à l’étranger. Ce faisant, l’impétrant a ainsi lieu d’être sur place dans les petits papiers de son sculpteur de parrain vicieux, celui-là même qui lui mettra chaque fois le pied à l’étrier pour monter en grade, en corrigeant ou, comme dit l’autre, en libellant à son style les articles « scientifiques » de son poulain !

C’est ainsi que le fameux papelard devient de but en blanc dans cet aéropage, un enseignant « chargé des cours de son choix », il misera sur tous les tableaux pour tenir la craie, ne jouissant d’aucune compétence de taille à professer à un tel niveau de formation. Comme il n’est pas le seul intrus à être officiellement versé de la sorte dans ce panier de la magouille, au sein d’un campus où le copinage a longtemps pris de l’envol. Car, il sera toujours question pour cet énergumène de bien faire et laisser dire. Les étudiants devenus victimes de la monomanie d’obtenir un gros diplôme à ce prix, même en avalant des couleuvres, comme un fol envie d’être hautement intégré, sans plus de façon, dans la Fonction Publique camerounaise, payent les violons du bal en faisant le chien couchant. La colonie de pseudo-docteurs omniscients tirent profit d’une telle passivité, d’une telle apathie comme une aubaine pour se faire des couilles en or et pérenniser également leurs réflexes collégiales d’autodéfense, à dessein de faire sienne la totalité des offres didactiques au programme, sans qu’un tel remue-ménage éveille la vigilance des patrons des lieux, pourtant, supposés à avoir la tête sur les épaules. C’est de quoi manquer de prévenance à l’égard d’une jeunesse qui se veut le fer de lance de la Nation ! Qui pis est, il s’agit vaille que vaille de favoriser singulièrement ces mythomanes à protéger correctement leur assiette au beurre en faisant place nette, question d’asseoir à jamais l’affreux profil de leur sabbat. Ils ont, dans cette mission, des mouchards dans la manche, acculés à trahir ceux de leurs camarades de classe qui contestent en sourdine, les incompréhensions multiples et les incohérences notoires dans la phraséologie balbutiante voire nébuleuse de tel ou tel cours.

Qui plus est, lorsqu’une dysfonction de cette nature est en vogue dans un tel espace académique, cela renvoie à l’image d’un serpent qui se mord la queue, histoire d’y faire valoir l’évidence des propos du Pr. Mbaye Thiam, je cite: « Quand les titres remplacent les compétences et le savoir être, ils ne signifient plus rien ». C’est dans une foire d’empoigne que se forge désormais la mentalité d’une jeunesse estudiantine camerounaise qui s’en sort abrutie sinon, en train de pourrir jusqu’à la moelle, celle qui ne saura point, plus tard, comment pallier toutes les lacunes inhérentes à une pareille mésaventure, car, il sera compliqué à ce public de faire la pige à des mêmes cliques de formateurs à la fois incompétents et mégalomanes, si ce n’est à faire le reste ! C’est donc la descente aux enfers déjà en route !!

Pierre Essomba Mbida, Archiviste professionnel

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Chancelin Wabo

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