Naole Média dans sa collection « paroles d’experts », a publié son rapport intitulé, « Tendances dans les métiers de la communication en Afrique Francophone en 2022 ». Parmi les contributeurs de ce rapport, nous avons monsieur JESSÉ NTUMWA BUSOMOKE (Expert et consultant en Communication des organisations | Enseignant-Chercheur en Sciences de l’information et de la Communication à l'Université de Goma (RDC)). Il parle du déclic de la communication politique en RDC. Camersic-infos vous propose la tribune.

 En République Démocratique du Congo (RDC), l’engouement et la soif des citoyens ordinaires de connaitre les réflexions et actions politiques des uns et des autres n’ont cessé de croitre avant, pendant et après l’épisode de confinement-reconfinement lié à la COVID-19, l’éruption du volcan Nyiragongo à Goma d’une part et l’instauration de l’état de siège à l’est du pays et tous ses corollaires, les différentes motions visant la destitution des gouverneurs de certaines provinces, et le changement du gouvernement plus d’une année après les élections de 2018 au pays de Lumumba d’autre part.

 L’opinion publique et les médias ont joué un rôle prépondérant dans l’incitation ou non des acteurs politiques à se prononcer sur n’importe quel sujet d’actualité en vue d’un capital en image. Cet engouement des citoyens et électeurs est allé loin en dehors de la politique pour chercher le politique. L’accent étant mis sur l’essence fulgurante des médias sociaux, le souci d’avoir son site internet, son blog, sa page Facebook, son compte Twitter est désormais à la mode auprès des jeunes qui veulent avoir droit au chapitre afin de faire entendre leur voix vu que l’accès est quasi limité dans les médias traditionnels, imposant d’une certaine façon le contenu informatif au public. Les jeunes majoritairement sur Twitter ont été présents dans plusieurs spaces invitants ainsi les politiques sur plusieurs sujets alléchants et sensibles à leur responsabilité politique. Ceux qui se sont exprimés ont vu leur capital-notoriété s’améliorer et d’autres ont presque sombré dans l’oubli.

Un fait sorti de l’ordinaire au cours de l’année 2021, c’est la baisse d’influence et le rôle des hommes politiques qui se sont vus écrasés par les médias à cause de la vitesse des informations. Il a été scandaleux et étonnant de voir les acteurs politiques ne pas avoir à temps la bonne et la vraie information, l’exactitude des faits, la vérification des fake news en vue d’informer utilement et d’éclairer l’opinion publique.

Plus qu’un art, la communication politique est une science.

 La communication en général est considérée plus comme un art, oubliant son caractère scientifique. Un art qui se réduit pour certains à se faire élire et conserver le plus longtemps possible un mandat politique, et pour d’autres l’art de parler, de convaincre l’opinion publique. Étant une science, la communication politique repose sur une méthodologie avérée et appuyée par des techniques et des stratégies. Elle diffère de la communication publique, vu sous cet angle, elle regroupe, pour parodier Dominique Wolton les échanges entre les hommes politiques, l’opinion publique et les médias. Ces échanges doivent être équilibrés pour éviter de rester dans le marketing politique et social et de réduire la politique aux commentaires d’actualités.

La République Démocratique du Congo étant au crépuscule des nouvelles élections, les acteurs politiques doivent faire mieux, au-delà de l’art, considérer la communication politique comme une science, ainsi, elle doit être réfléchie, tamisée, préparée avant toute action d’envergure publique.

 En Afrique Francophone, l’accent pour les 12 prochains mois doit être mis sur la rareté, c’est-àdire le renouveau, introduire de nouveaux talents, des spécialistes du secteur dans nos pays pour favoriser une révolution des pratiques de communication politique et amplifier une dynamique du changement et du développement qui passe par la prise en compte des besoins informationnels dans tout et sur tout.

Les dés sont jetés : Comment réussir la communication politique ?

 La communication politique met en commun trois acteurs majeurs : les hommes politiques, les médias et l’opinion publique. Pour une communication politique réussie et équilibrée entre l’art et la science, il faut considérer impérativement trois éléments fondamentaux :

  • La responsabilité de l’action.

Il s’agit ici de quitter les commentaires d’actualités, les discours et agir pour les acteurs politiques, les citoyens ordinaires ont besoin de voir, de palper la différence entre « ce qui est dit et ce qui n’est pas fait » et la ressemblance de la parole à l’action. Les hommes politiques d’hier comme d’aujourd’hui s’acharnent dans des débats dans les médias sur qui a raison et qui a tort, à établir les bourreaux et les victimes, les coupables et les innocents. La communication politique doit cesser d’être un espace des débats stériles et devenir un champ de réflexionaction-participation. L’attention sera ainsi porter sur qui fait quoi, comment et en vue de quel changement dans nos sociétés.

  • Le récepteur.

Plusieurs chercheurs s’accordent à dire que la différence entre l’information et la communication, c’est la place du récepteur et sa considération dans chaque processus. L’information se concentre sur les faits, les données, le message, la voix, etc. Tandis que la communication oriente toute l’attention sur la perception du récepteur. C’est courir un risque, comme dirait Dominique Wolton dans son livre “Penser la Communication”, car l’on doit se rassurer d’avoir établi un lien, le tout dans un contexte donné. Il importe d’inclure les notions de ciblage contextuel et ciblage comportemental.

 Dans la communication politique, la question est de savoir désormais, que veulent les citoyens, qu’attendent-ils ? Le schéma structurel sera d’établir une vision forte avec et pour les citoyens, expliquer comment y arriver, expliquer quand cela marche ou pas.

  • Les médias sociaux.

Plusieurs plateformes numériques sont en vogue aujourd’hui et de plus en plus les jeunes en font l’apologie en étant présents et permanents. Il devient difficile de s’en passer aussi bien, en communication politique, de ces moyens de mobilisation citoyenne.

Avec l’avancement technologique, un nouveau modèle de campagne électorale s’est développé appeler « Campagnes Hybrides » qui intègrent aussi bien les canaux de communication en ligne que hors-ligne ainsi qu’une entente entre les militants et l’élite qui détient le contrôle de l’organisation et de la mise en œuvre des stratégies électorales. Ainsi, la logique des médias en ligne et les moyens traditionnels de campagne cohabitent, se complètent et se renforcent mutuellement. Il faudra prendre en compte, cet aspect des choses dans plusieurs pays Africains qui se préparent aux échéances électorales.

La communication politique comme toute autre communication est une industrie et comprend plusieurs étapes, du diagnostic passant par la définition des stratégies, la production des actions de communication, la diffusion et la consommation, il faut, à tous les niveaux du processus, inclure le caractère artistique et scientifique de la communication politique.

 Communiquer, c’est vivre !

Bio Express.

Jessé NTUMWA BUSOMOKE est un expert et consultant en Communication des organisations. Il est également enseignant-Chercheur en Sciences de l’information et de la communication à Goma, à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Consultez le rapport complet ici.

Author:

Chancelin Wabo

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