Le département de communication logé au sein de la Faculté des arts, lettres et sciences humaines (FALSH) de l’université de Douala a organisé le samedi 30 juillet 2022, les soutenances de Master recherche en Sciences de l’information et de la communication (SIC). Parmi les candidats qui soutenaient ce jour, figurait monsieur Idriss Kabrel Goudjou Fone.

Le sujet de son mémoire s’intitule : « La sexualité chez les adolescents de Douala à l’âge du numérique : Usages sexuels d’internet et hypersexualisation ». Ce travail de recherche a présenté devant le jury suivant : Président: Pr Njoh Kome ; Encadreur: Dr Ebana Achille ; Examinateur: Dr Ndongue Épangue Timothée.

Ce sujet de recherche, nous a permis de construire un objet de recherche qui est de comprendre et expliquer, les enjeux qui entourent les usages sexuels d’Internet par les adolescents de Douala.

PROBLEMATIQUE ET PROBLÉME DE RECHERCHE.

Les nouvelles technologies restructurent les comportements sexuels des adolescents dans une société camerounaise où la sexualité semble à certains égards être culturellement perçue comme un sujet tabou d’une part (Séverin C. Abega, 2006) et d’autre part, où les adolescents sont désormais exposés à des contenus sexuels et pornographiques à travers les médias sociaux et sur internet. On observe donc désormais des écarts considérables entre la sexualité prescrite et la sexualité effective chez les adolescents. Ce contraste fait émerger, le problème de l’influence des usages sexuels d’internet, sur les perceptions que se font les adolescents de la sexualité. Ceci étant, la sexualité des adolescents est désormais influencée par de nouvelles tendances socio-culturelles. Cet ainsi que nous avons porté les lunettes de Achille Ebana pour dire que : « si la culture participe à l’orientation comportementale des individus, il serait désormais important de tenir compte du caractère dynamique de cette culture ». L’usage d’internet faisant désormais partie des habitudes des adolescents au Cameroun, on ne saurait plus saisir les comportements sexuels de ceux-ci, sans prendre en compte le terrain particulier que sont leurs vies dans le web.

La question de la place qu’occupe Internet dans le processus de socialisation sexuelle des adolescents se pose ici comme question principale. Autrement dit, Internet et les contenus sexuels en ligne seraient-ils en train de devenir le moyen par excellence de socialisation sexuelle des adolescents ; rendant vivant le phénomène d’hypersexualisation dans leur quotidien et effaçant les barrières culturelles sur le sexe ?

Comme hypothèse principale, l’impétrant postule qu’au Cameroun, Internet est désormais le lieu par excellence où les adolescents découvrent les imaginaires exogènes à leurs milieux d’appartenance. Notamment les contenus à caractères pornographiques, qui ne sont pas toujours en accord avec les valeurs sociales et culturelles en partage dans leur milieu, et qui participent à l’hypersexualisation du quotidien de ces adolescents.

CADRE THEORIQUE

Du point de vue théorique, le producteur du mémoire a parlé de la théorie de la rupture avec Arjun Appadurai, pour essayer de lever l’équivoque, sur ce qui pourrait paraitre comme un paradoxe à savoir : comment parler d’hypersexualisation dans une société Camerounaise où le sexe semble à priori être culturellement perçue comme un sujet tabou ? il montre à partir de là que, les imaginaires sociaux véhiculés par les médias deviennent dans ce sens, les nouvelles ressources participants à la construction de soi. Et bouleversant par la même occasion l’ordre culturel global. Ensuite, il a parlé des digital natives et des digital immigrants, pour situer les adolescents dans une époque et pour mieux cerner les enjeux de cette tendance à la rupture des valeurs culturelles et sociales. Enfin, le candidat a parlé de la construction identitaire des adolescents via leurs penchants en termes d’usages d’internet et des réseaux sociaux, ainsi que leur attachement aux outils smartphone et téléphone portable.

Il a mis en lumière les différents éléments qui participent théoriquement à la construction de l’objet d’étude de son mémoire. Dans un premier temps, il a procédé à l’opérationnalisation des concepts, d’hypersexualisation, d’adolescence, de sexualité, de l’usage sexuel d’internet et du rapport entre adolescence et sexualité. De même, le postmodernisme lui a permis de saisir les questions des nouvelles réalités des jeunes, surtout liées à la mondialisation. Et l’incommunication a également permis de gommer les tendances aux conflits intergénérationnels relatifs aux réalités de vie des adolescents. les orientations théoriques de notre travail de recherche s’articulent notamment dans le déterminisme technologique, la théorie de l’interactionnisme symbolique et le paradigme des usages et appropriation. Ses théories s’entremêlent, se recoupent et se complètent. Le déterminisme technologique montre comment les comportements sexuels des adolescents peuvent désormais être façonnés du fait de leur usage d’internet, Le paradigme des usages et appropriations des TIC quant à lui dépasse ces logiques déterministes et montre que ce sont les individus qui déterminent les usages, qu’ils font des technologies en fonctions des contextes. Enfin, l’interactionnisme symbolique montre que ce sont les interactions que les individus effectuent via ces technologies qui façonnent les comportements et les identités des individus. Mobiliser ces trois théories nous a semblé nécessaire pour mener une analyse objective des enjeux liés aux usages sexuels d’internet par les adolescents

LES FORCES DE CE TRAVAIL

La recherche de monsieur  Idriss Kabrel Goudjou Fone semble intéressante à plusieurs égards.  Notamment dans la mesure où elle fait émerger la voix des adolescents dans la construction du discours public sur leurs expériences sexuelles. Et permet de saisir les enjeux majeurs de cette nouvelle culture hypersexualisée.

Portée par la voix des adolescents eux même, la présente recherche, propose des orientations sur le choix des démarches et stratégies à adopter pour explorer les contours des usages sexuels d’Internet chez les adolescents.

Par ailleurs, cette recherche a le mérite de briser le tabou autour du sexe et d’élargir le champ de connaissances sur les facteurs participants à l’hypersexualisation des adolescents au Cameroun à l’ère d’internet et les enjeux qui y sont liés.

D’après le masterant, plusieurs pistes de recherche pourraient toutefois être explorées, après ce travail. Tout d’abord il pense que de nouvelles recherches impliquant un échantillon d’adolescents plus diversifié (scolarisés et non scolarisés), seraient intéressantes pour mieux comprendre les usages sexuels qu’ils font d’internet dans toutes leurs dimensions et aussi pour saisir le degré de compréhension et d’analyse que peuvent avoir les adolescents non scolarisés sur la question.

Il serait également intéressant selon lui d’étudier les discours et les langages sexuels des adolescents aux Cameroun pour en saisir toutes les formes d’expressions ainsi que les voies de contours emprunter pour ne pas nommer le sexe de manière explicite ; l’on pourrait parler de la « juvénilisation » voire de la « camerounisation » du langage sexuel. Et cela pourrait constituer un élément majeur pour montrer qu’en réalité le sexe n’a jamais véritablement été un sujet tabou dans nos cultures. On en parle mais en utilisant des codes.

Comme postulat pour sortir de son travail, il estime aussi  qu’il serait intéressant de s’éloigner de la stigmatisation et d’envisager de réelles espaces de négociations où l’adolescent quittera le statut d’objet à celui de sujet.  Si cette migration n’est pas rendue possible, peut-être faudrait-il envisager comme l’a souligné (Cathérine Gareau-Blanchard, 2017), que la manière la plus audacieuse pour les adolescents, de négocier avec les discours publics sur leurs expériences sexuelles serait de rester muets dans ce débat à leur sujet auquel ils n’ont pas été invités, dans lequel ils font ironiquement figure d’objets. De laisser les autres s’insurger, débattre, suggérer sur leur sexualité pendant qu’eux, ils la vivent tout simplement.

Le candidat a obtenu la mention Très bien.

Author:

Chancelin Wabo

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