La polémique sur le recrutement d’un nouvel équipementier One All Sport par la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) enfle sur les réseaux sociaux. Certains internautes profitent pour la figure publique Samuel Eto’o au lieu de procéder au débat argumentatif. Dans ce contexte, Jacques Evouna, enseignant à L'ENS-Uma et ancien chef du département de communication de l’université de Douala, pense que ce n’est pas le rôle des réseaux sociaux de porter atteinte à la notoriété des autorités publiques. Camersic-infos vous propose le texte intégral.

LA FOULE EST D’INTELLIGENCE MEMBRANEUSE

Si je parlais du peuple qui réfléchit mal ou qui ne réfléchit, je serais le premier à faire le présupposé de l’existence d’un peuple. Un peuple se choisit unanimement des figures auxquelles il confère, à la fois, l’autorité et la légitimité pour agir en son nom à l’effet d’apporter des solutions à ses problèmes des réponses aux questions qu’il se pose.

La foule, elle, trotte, court, change de direction ou s’arrête au gré du premier caprice ou réflexe instinctif du mouton de tête, qui tombe suivi des autres dans le précipice. C’est ça, les mouvements de foule. On n’y fait rien dont on sache la raison d’être ou dont on sonde les tenants et les aboutissants.

La foule a dit d’Eto’o Fils que sa candidature serait rejetée à cause de sa nationalité espagnole ; quand sa candidature a été validée, l’on a prédit qu’il ne remporterait pas l’élection à la tête de la FECAFOOT ; et quand il a été élu, l’on a prophétisé son échec, arguant qu’il n’avait rien géré nulle part. Récemment, il a renvoyé chez lui un gallinacé après trop vorace, qui picorait sans répit dans le grenier ; l’on, ceux qui bavaient à l’idée de croquer les œufs pourris du famélique volatile, y a vu une erreur stratégique fatale.

À l’annonce du partenariat avec ONE ALL SPORTS, l’on a affirmé que la Fecafoot  se ruinerait dans un inutile procès contre l’équipementier évincé ; mais voici, la FECAFOOT décroche un contrat inédit. Alors hâtivement, la foule accuse son président d’opacité. Ce dernier communique-t-il le montant du contrat que, les yeux révulsés de surprise honteuse, la foule le soupçonne désormais de blanchiment d’argent.

Face à un Camerounais qui, chose peu habituelle, transforme systématiquement la négation de la foule en affirmation pour le peuple, qui transforme l’impossible de la foule en probable du peuple, on est intelligent de sortir de la foule pour entrer dans le peuple. Si, en matière de football, le Cameroun ne peut placer sa totale confiance en Eto’o Fils, en qui de la foule la placerait-il ? S’agissant des partenariats ou des sponsors, le président actuel de l’instance faîtière du football camerounais peut drainer plus de beau monde que toute la foule réunie.

À quelque niveau qu’ils instaurent la démocratisation de la parole ou facilitent la fabrication de la visibilité, les réseaux sociaux numériques ne deviennent guère des théâtres de négation ou de destruction de la notoriété/autorité des figures publiques que dans l’intelligence membraneuse de la foule.

Soyons bref ; c’est sur la base d’un projet qu’Eto’o Fils a reçu mandat du peuple camerounais pour rendre son âme au football camerounais ou, si l’on veut, pour en redorer le blason terni par de longues et douloureuses périodes d’errance et d’engourdissement.

Pourquoi n’est-on pas étonné de cette critique, toute aussi virulente et malsaine qu’elle était inaudible et inexistante jadis, en face de la léthargie de certains exécutifs précédents ou de leur direction impersonnelle des affaires de la FECAFOOT? Ils savaient surtout faire taire le bêlement du caprin de tête. On l’a bien prévenu par Einstein, “Les grands esprits ont toujours rencontré une opposition farouche des esprits médiocres.”. Normal donc, c’est d’Eto’o Fils qu’il s’agit ! Mais le peuple, qui n’est pas dupe heureusement, sait l’origine de la haine farouche  et viscérale que la foule voue au Ngàmbè…

Avec son exécutif cependant, l’actuel président de la FECAFOOT travaille à poursuivre la construction de nouvelles infrastructures (dans la perspective de l’organisation de compétitions de niveau mondial), il travaille à rendre son  attractivité au championnat de 1ère division ; il lui tient à cœur de développer le football jeune ; il lutte pour donner une chance aux nationaux de se nourrir dignement, c’est-à-dire autrement qu’avec du BHB, dont un savant a d’ailleurs démontré récemment qu’il est toxique.

À long terme, c’est un projet noble, Eto’o Fils vise la professionnalisation du championnat national de football et, à la clé, la réduction de la fuite des talents, trop nombreux à emprunter les chemins d’Europe et à y subir,  nègres modernes de Surinam l’exécrable racisme de l’esclavagisme sportif. Les exemples sont légions… L’achat des joueurs africains est une forme de traite. En revanche, le Cameroun peut et doit redevenir- il en fut jadis une – une destination pour les joueurs des autres pays de l’Afrique subsaharienne.

C’est une géostratégie sportive, que peuvent difficilement arriver à saisir les esprits (de la foule) intéressés par le seul profit immédiat et personnel. Ce que les analystes attitrés tardent à percevoir, c’est la difficulté pour un pays dont les joueurs évoluent prioritairement dans les championnats étrangers de remporter une compétition mondiale majeure. Là réside, aujourd’hui encore, la difficulté devenue caractéristique des équipes successives du Cameroun et d’autres pays africains de développer un système de jeu original et véritablement cohésif.

L’équipe nationale de 1982 eût pu remporter la coupe du monde, pour la raison qu’elle était essentiellement constituée de nationaux. Cependant elle traînait avec elle un handicap rédhibitoire dont l’on n’a pas mesuré l’incidence à cette époque : la présence à sa tête – cheval de Troie – d’un entraîneur emprunté à l’Occident… Faut-il évoquer certains des choix tactiques d’un autre – que l’on célèbre aujourd’hui – à la CM 1998 ? De tels attelages, on l’a de toute façon vu en de nombreuses occasions, ne prédisposent guère, même s’il est sérieux, le Cameroun qu’à se contenter de remporter (souvent sans panache et même dans la souffrance désormais) des victoires continentales (donc la CAN). L’esprit intelligent n’exclurait pas l’éventualité que ces éléments déterminent, même à titre partiel, l’action du président de la FECAFOOT.

Il est évident que pour accéder à ce niveau d’analyse et de compréhension d’une vision, les   francs-tireurs doivent pouvoir se réveiller de la fantasmagorie dont, conséquences dévastatrices d’un ennui prolongé, les contre-vérités leur inspirent l’écriture et la publication dz galimatias dans les colonnes quelque feuille de chou.

Au bout (seulement)de sept mois d’un mandat qui en compte 36 – en fait le temps de grâce, mais surtout de découverte de la forfaiture puis la résiliation des traités inégaux et marchés de dupes contractés antérieurement avec des partenaires véreux -, une critique venue de la foule, bancale et brouillonne parce que reposant sur des sentiments plutôt que sur des faits objectifs et des arguments rationnels, prétend déjà dresser des bilans et annonce des lendemains faits d’incertitudes. C’est le droit que confère le mandat de l’aigreur, l’envie et la haine !

Cette foule-là a vraisemblablement des dons de sorcellerie ; elle espère les échecs, elle en fabrique, elle s’en nourrit. Des pays en Afrique, la plupart, rêve de compter parmi leurs citoyens un Eto’o Fils. Il est camerounais, mais dénigré et combattu par les siens. C’est le problème général du Cameroun, pays qui méconnaît et tue ses valeurs.

On jugera peut-être suspect cet intérêt presque passionné pour ce qui se passe à la FECAFOOT. Comment s’en défendre ? Tout le monde peut aisément en trouver l’explication. Il y a peu encore, le football camerounais partageait la même situation avec l’Éducation. Or depuis un moment on voit comment, au quotidien, la détermination et la vision font mouvoir un homme pour insuffler une dynamique vitale au football camerounais. Donc, pourquoi sa modernisation, j’estime que le système éducatif camerounais a besoin de trouver ses hommes, animés d’une détermination à toute épreuve, et porteurs d’une vision. Mais la foule ! Cette foule… Les succès à venir la disperseront.

Jacques Evouna, Universitaire

Author:

Chancelin Wabo

web site:

/

Email:

chancelinwabo@gmail.com