Depuis le tournant du siècle, un double mouvement de fond agite les services d’archives et les interroge sur leur positionnement et leurs pratiques. D’une part, il concerne la numérisation d’archives physiques menacées et les plus sollicitées et, d’autre part, la dématérialisation galopante des organismes producteurs d’archives. La littérature professionnelle a fourni des principes, des méthodes, des normes et des expériences. Tant les modes organisationnels que les aspects techniques sont formalisés et mis à jour, le rapprochement des sciences exactes, humaines et sociales et l’intrication des métiers du patrimoine sont constatés, les humanités numériques et les Big data représentent de nouvelles réalités de l’économie numérique.

Si tous ces sujets sont traités dans l’ouvrage récent d’Abderrazak Mkadmi, Les archives à l’ère du numérique, son auteur, consacre un chapitre novateur : « Préservation des archives versus droit à l’oubli », comptabilisant autant de pages (38) que les quatre autres.

Prenant à témoin le cadre légal, notamment le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) , entré en vigueur le 25 mai 2018, l’enseignant-professeur tunisien fait valoir ses convictions : « Les archivistes s’avèrent les mieux placés pour être les alliés des responsables de la protection des données personnelles. En effet, les pratiques archivistiques de nature protectrices conduisent automatiquement à mettre en place des stratégies qui assurent la conservation des données personnelles. Un tri doit être préalablement fait par les archivistes pour ne garder que ce qui doit être conservé, puis une application des règles de conservation mène à définir le sort final de chaque document après sa conservation : la destruction ou le versement aux services des archives historiques. Dans cette veine, une nuance doit être signalée pour que la problématique en question soit plus claire : le principe d’accès chez les archivistes repose sur le principe de communicabilité qui commence restreint et devient de plus en plus large dans le temps, alors que le principe d’accès du point du vue du droit à l’oubli commence de plus en plus large et devient plus restreint ».

Comme ils l’ont fait récemment dans leur lecture de la sobriété numérique en la liant à la transition écologique, les archivistes doivent occuper le terrain par leurs apports spécifiques et positiver leur rôle. En ce sens, il vaut mieux intégrer le droit à l’oubli dans une étude sur le devoir de mémoire et le droit à l’information, le confronter à la fonction centrale de l’évaluation et le pondérer par les options offertes par la communicabilité pour éviter les dérives.

Gilbert Coutaz

Historien chez Editions Château & Attinger

 

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Chancelin Wabo

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