Le journaliste en service à Spectrum Télévision (STV) a soutenu le samedi 15 octobre 2022 son mémoire de Master professionnel en Communication-Journalisme et relation presse. Le mémoire a été préparé sous la direction du Dr Jérémie Kana Bisseck. Le Vendredi 21 octobre 2022, Willy Stéphane Abondo Ndo a soutenu sa thèse de doctorat en SIC. Le Jury était composé de François Heinderyckx (Promoteur et Secrétaire, ULB, Belgique), Thomas Atenga (Co-promoteur, Université de Douala, Cameroun), Marie Fierens (ULB), Florence Le Cam (ULB), David Domingo (ULB), Boulou Ebanda de B’Beri (Université d’Ottawa, Canada) et Pierre de Maret (Professeur émérite de l’ULB) et Mikhail Kissine (Président).

« Les identités ethno-régionales et linguistiques dans la presse écrite camerounaise ». C’est le titre de la thèse soutenue par monsieur Abondo Ndo Willy Stéphane à l’Université Libre de Bruxelles ». Réalisée en co-direction entre l’ULB et l’Université de Douala, sous la direction de Marie-Soleil Frère, François Heinderyckx et Thomas Atenga, sa thèse rend compte de la manière dont, dans un contexte de crise structurelle et systémique de la presse, les identités ethno-régionales et linguistiques (francophone/anglophone) peuvent être instrumentalisées dans la collecte, la hiérarchisation et la diffusion de ces actualités nationales.

Son étude s’appuie sur l’exploitation de 497 publications de presse parues entre le 1er janvier et le 30 juin 2015, ainsi qu’un questionnaire adressé à des journalistes et 47 entretiens semi-directifs. Apparaît un système médiatique où l’économie politique du travail journalistique oscille entre désir de respecter les règles éthiques et déontologiques, inclinations à la défense des intérêts ethniques ou linguistiques, recherche de la viabilité économique du média, adaptation à la concurrence éditoriale des réseaux sociaux numériques et amélioration du statut professionnel à l’intérieur d’un champ hétéronome.

Le travail montre que la question de l’identité est complexe. « J’ai analysé 497 articles de presse et Il ressort que la notion d’identité dans la presse camerounaise est complexe », déclare Willy Abondo Ndo au cours de la soutenance. Cette identité n’est pas univoque. « En contexte camerounais, on ne peut pas définir de manière univoque le caractère identitaire d’un média. Les journalistes ont une palette de casquettes dont ils peuvent se servir en cas de besoin », ajoute Willy Abondo Ndo

« Il n’y a pas de déterminisme ou d’habitus dans la presse camerounaise. Cela relève des stratégies. Dire qu’une presse est bamiléké ou nordiste, est réducteur. La rédaction d’un article obéit à plusieurs paramètres: identitaire, financier, politique », poursuit-il.

Un travail apprécié par le jury. « J’ai beaucoup apprécié l’attitude  d’écoute du candidat et son effort méthodologique de transparence », déclare David Domingo, membre du jury. Marie Fierens dit avoir beaucoup appris en lisant cette thèse. « Je suis experte dans l’analyse des medias en Afrique Subsaharienne. Mais je ne connaissais pas grand-chose du Cameroun. En lisant cette thèse, j’ai appris beaucoup », reconnait-elle.

Résumé de la thèse

Depuis 2014, le Cameroun est en lutte contre Boko-Haram à l’extrême-Nord. Dans ses deux régions anglophones, des revendications séparatistes y ont dégénéré en conflit militaire depuis 2016. Dans cet intervalle, et de manière récurrente, des polémiques sur la juste répartition (équilibre régional) des emplois et fonctions dans l’appareil d’Etat ainsi que des places dans l’accès aux grandes écoles l’ont aussi embrasé. Cette thèse considère ces thématiques événementielles comme des actualités nationales. En s’appuyant sur l’exploitation de 497 publications de presse parues entre le 1er janvier et le 30 juin 2015, et extraits de sept journaux (Cameroon Tribune, Le Messager, le jour, The Median, The Post, Ouest Échos, et L’Œil du Sahel), d’un corpus en ligne de 450 publications tiré de 3 groupes Facebook (« le Cameroun c’est le Cameroun (LCCLC) » ; « Le Cameroun pour tous (LCPT) » et « Le Cameroun que je veux voir ») ; sur un questionnaire adressé aux journalistes ; sur 47 entretiens semi-directifs menés avec des Directeurs de publication, des auteurs des articles analysés, des leaders d’associations des journalistes, et des responsables des institutions qui gouvernent la communication sociale et médiatique au Cameroun, cette recherche adopte une perspective duale. D’une part, elle rend compte de la manière dont, dans un contexte de crise structurelle et systémique de la presse, et de fin de règne d’un régime vieux de près de quatre décennies, les identités ethno-régionales et linguistiques (francophone/anglophone) peuvent être instrumentalisées dans la collecte, la hiérarchisation et la diffusion de ces actualités nationales. D’autre part, en s’appuyant sur l’analyse critique du discours de presse et sur la sociologie du travail journalistique, elle tente de (dé) montrer que quand la défense de ses identités est repérable dans les récits de presse et les discussions qu’elle génère sur Facebook et inversement, elle est le produit d’une construction stratégique plutôt que d’un habitus. Il en découle un système médiatique où l’économie politique du travail journalistique oscille entre désir de respecter les règles éthiques et déontologiques, inclinations à la défense des intérêts ethniques ou linguistiques, recherche de la viabilité économique du média, adaptation à la concurrence éditoriale des réseaux sociaux numériques et amélioration du statut professionnel à l’intérieur d’un champ hétéronome. Là où la défense des identités interfère dans les récits de presse et le travail journalistique, nous avons voulu comprendre les ressorts sociopolitiques et professionnels de cette démarche en vue de rendre compte de la manière dont les acteurs intériorisent et rationalisent ou non ces interactions. De notre analyse, il résulte que, quand la défense des identités est repérable dans les stratégies discursives des journaux à travers les thématiques étudiées, elle varie en fonction de l’origine territoriale des acteurs impliqués dans l’évènement, de l’ancrage territorial du journal, de sa ligne éditoriale, et dans certains cas, de l’origine territoriale du propriétaire/Directeur de publication. La mise en discours de ces événements nationaux sur fond de conflictualisation des identités linguistiques et ethniques est, souvent les cas, le produit d’une décision managériale édito-identitaire aux bénéfices des promoteurs et propriétaires des journaux, des journalistes et surtout des élites politico-affairistes en lutte pour la conservation ou la conquête de positions autour de la rente étatique. Nous avons enfin mis en évidence que, à l’âge numérique, les joutes sur les revendications identitaires qui peuvent avoir cours dans la presse se prolongent dans les réseaux sociaux avec les spécificités que les discussions prennent dans cet univers.

Mots clés : identités linguistiques, identités ethno-régionales, stratégies discursives, presse écrite, lucidités croisées.

Réaction de Willy Abondo après sa soutenance de thèse

Author:

Chancelin Wabo

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